Ketut ©️ Tatiana Vergnaud

Ketut ©️ Tatiana Vergnaud

Ketut ? Un univers fantastique et électrisant, retranscrit à travers un premier EP de quatre titres, First Quest, récemment sorti en décembre dernier. Par son imagination fertile, le jeune artiste français s’exprime sur sa propre réalité, et nous emmène dans un monde où heroic fantasy et musique électronique ne font plus qu’un… Découvrez dans ce focus un artiste à l’allure de guerrier, qui a pour plus grandes forces son âme d’enfant et sa persévérance !

Bali : le berceau de Ketut

Tout d’abord, derrière Ketut, il y a Bastien. Enfant, il fait du piano et du chant. Cette passion pour la musique l’anime en effet depuis tout petit, et Bastien envisage déjà une carrière artistique…  “À la base, je ne faisais vraiment que du piano-voix très basique. Je m'entrainais sur les vidéos à reproduire des morceaux que l’on connaît tous aujourd’hui. Et puis après, j’ai toujours voulu vivre de la musique, mais (...) ce n’était pas encore très clair dans ma tête. L’électro n’était pas encore installé dans ma tête, mais il y avait vraiment cet esprit et cette envie pure de vivre de la musique et de faire de la scène toute ma vie. Donc ça, c’est un objectif que j’ai toujours eu.” Après le Bac, Bastien entre dans une école de musique, où il étudie l’orchestration, l’arrangement, et autres bases académiques de la musique pendant deux ans. 

En parallèle, l’histoire de “Ketut” commence sur les terres indonésiennes. En effet, c’est lors d’un voyage à Bali avec ses parents que Bastien se découvre une toute nouvelle personnalité artistique. “C’était un voyage qui était vachement important pour moi, aussi bien spirituellement que juste visuellement.” se souvient-il. “J’ai appris énormément de trucs et j’ai découvert un endroit qui était hyper paisible, qui n’avait rien à voir avec le monde occidental dans lequel on est aujourd’hui. Sans faire de clichés, il y a vraiment une certaine sérénité là-bas, que l’on retrouve assez peu dans le monde occidental.” Son souvenir de voyage ? Un chapeau, qui s’avère être le berceau de son nouvel alter-ego musical. À partir de ce fascinant couvre-chef et d’une bonne dose d’âme d’enfant, Bastien s’invente tout un personnage aux mille aventures, une sorte de guerrier vaillant sortant tout droit d’un jeu vidéo ou d’un livre de stratégies… c’est ainsi que naît “Ketut”, projet musical qui va progressivement pousser Bastien à se détacher de son parcours classique, pour finalement lâcher définitivement ses études.  

En 2018, Bastien se lance alors pleinement en tant que “Ketut”, enchaînant simultanément les petits boulots. Encouragé par les fondateurs de Groover, il finit par s’inscrire sur la plateforme de découverte d’artistes pour y présenter son premier titre, You and I. Grâce à Groover, il reçoit plusieurs retours sur sa musique, et signe même pendant un temps avec le label Active Records pour un contrat de distribution... Malgré cette signature, Ketut continue d’être indépendant, et se façonne alors lui-même tout son petit univers pour mettre sa musique en avant… entre heroic fantasy, techno et dark techno mystique, naît de ce travail pluridisciplinaire une véritable quête diffusée sur les réseaux sociaux du jeune artiste

L’Étrange Monde de Ketut : une aventure instagrammesque bien rodée

Musicien, chanteur, mais aussi narrateur, réalisateur, acteur… Ketut est un artiste autodidacte aux multiples compétences! Inspiré par l’univers des jeux vidéo RPG (Guild Wars) et des livres-jeux interactifs (Un livre dont vous êtes le héros), c’est tout naturellement que Bastien se crée une aventure en stories Instagram, intitulée L’Étrange Monde de Ketut. “On peut dire que cette aventure, c’est une envie de renouer avec l’enfant intérieur.” déclare Ketut “Il y a un vrai besoin dans Ketut de renouer avec des parties de sa tête, de son psyché, et en grande partie vers l’enfant intérieur.” Retrouver l’enfant qui est en lui permet à Bastien de se détacher du regard de l’autre, de puiser dans cette source infinie d’inspiration, sans peur ni honte, mais aussi de revenir à l’insouciance et la spontanéité de l’enfance… “Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile de se lancer dans une passion sans avoir peur du regard de l’autre, sans avoir peur de savoir “Qu’est-ce que va penser lui, ou machin ?”, “Est-ce que c’est vraiment moi ?”... Ces questions-là, on ne se les pose pas enfant, elles n’arrivent pas, elles n’existent pas. Tu fais un truc juste parce que tu aimes les faire et que tu fonces, point barre.” 

En mars 2020, dans un contexte de confinement total et installé dans la maison de sa grand-mère, Bastien goûte enfin à la solitude. “J’étais tout seul dans cette maison pendant les deux mois et demi du premier confinement. Le but était vraiment d’expérimenter la vie seul, la vie en pleine inspiration totale et libre, sans aucune coupure, parce qu’au final, je créais une histoire dans un endroit, mais je n’en sortais jamais.” En ce lieu chargé d’histoire et d’énergie, l’artiste exploite donc pleinement son âme d’enfant, entouré d’antiques artefacts rapportés de voyages… Ces anciens bibelots, Bastien les transforme en mystérieux et magiques intermédiaires à son histoire, pour le plus grand émerveillement de son aïeule ! “C’est comme si je faisais l’expérience d’un acteur qui ne sortait jamais de sa pièce de théâtre, tu vois ? Il y avait vraiment cette idée de mélanger ma personne avec cette personnalité que je voulais développer. Et du coup, ça a créé ce monde qui est… Certains diront “merveilleux”, d’autres diront “bizarre et creepy”, mais qui était étroitement lié à ce que je vivais à ce moment-là; c’est-à-dire ce besoin de solitude et ce besoin de créer un monde à moi.” 

Réalisée de A à Z par l’artiste lui-même, L’Étrange Monde de Ketut raconte l’histoire du jeune artiste qui découvre dans sa maison un mystérieux esprit nommé Ulric, qui l’entraîne dans toute une quête introspective… à travers cette aventure, Ketut dévoile ses talents de claviériste et de chanteur avec des lives diffusés sur Instagram. L’Étrange Monde de Ketut fait également participer les abonnés par le biais d’un algorithme de plusieurs questions, qui guide le héros dans sa quête en fonction des réponses. Un choix de scénario pas évident pour Ketut, qui se devait de rester cohérent et de gérer l’imprévu tout en restant sur sa ligne directrice… Entre logique et abstrait, l’histoire confectionnée par Ketut fascine ses fans et les pousse à bien des conclusions… “Il y a eu des théories rocambolesques, ça m’a fait trop rire !  Des gens qui m’ont envoyé des truuucs, mais… j’avais l’impression d’être le créateur de Game of Thrones (rires) et que les gens lui envoient des théories de l’espace que lui-même n’avait pas inventé ! Et c’est vraiment ça… c’est que les gens sont même encore plus créatifs que moi.” S’évader et retrouver cette âme d’enfant perdue avec l’âge adulte, c’est ce que souhaitait Ketut via ce récit… mais ne serait-ce pas un peu notre volonté aussi ?

C’est d’ailleurs par L’Étrange Monde de Ketut que l’on se rend compte de la signification du chapeau pour Ketut, berceau du personnage mais aussi métaphore de la marginalisation et du cocon créatif. Tandis que les larges bords du chapeau aveuglent l’artiste, l’enfermant dans son monde, il l’inspire également. “C’est un truc cool qui me permet de créer, mais c’est aussi un truc que j’ai décidé d’enlever, parce que je peux créer tout seul. Je peux créer sans être dans mon propre monde et je peux partager quelque chose… (...) J’ai pas besoin d’être un guerrier pour être et pour créer… Je ne suis pas obligé d’être dans mon monde pour créer ! C’est ça que veut dire le chapeau…

First Quest : un premier EP, entre imaginaire et réalité…

Tout d’abord, petit point technique : pour réaliser sa musique, tout part de la voix et d’un élément mélodique au piano. Ketut enrobe ensuite cette base de sonorités électroniques plus brutes. “ C’est jamais de la même façon, mais je serai quand même tenté de te dire qu’il y a une trame principale qui vient de la voix. C’est-à-dire que je vais chanter un truc qui me donne envie, où je vais trouver des phrases qui me donnent envie. On va partir de ça, et ensuite il y a une construction qui va se faire autour. C’est pas toujours le cas (...), mais je pars plus de l’organique, parce que je viens de là (parce que je viens du piano-voix), pour ensuite aller vers quelque chose de plus dur, quitte à enlever des aspects mélodiques pour que ça coïncide bien avec la musique électronique.”

Ketut réalise son premier titre You and I en avril 2018. Par ce morceau, il pose les bases de son univers musical, entre instrumental, électronique et organique. Dans la douceur mystique des chœurs de voix et des nappes de claviers naît la violence des drops de machines et des claviers distordus. Un mélange à la croisée de la french touch, de l’électro clash, de la techno et de la dark techno, qui s’influence d’artistes du genre, en passant par Sebastian du label Ed Banger ou encore Justice… You and I (“Vous et Moi”), c’est la relation et l’interaction frontale avec les autres. “C’est un peu une métaphore de notre rapport aux autres, c’est-à-dire une violence. Parfois, en creusant cette violence-là, tu peux quand même acquérir une sorte de confiance, qui t'amène à quelque chose de doux, quelque chose de plus intime, un truc qui est plus… plus “safe”, on va dire.”

Néanmoins, pour concrétiser et professionnaliser son travail, un seul titre ne suffit pas. Ketut conçoit donc un EP autoproduit, First Quest, qu’il dévoile le 15 décembre 2020. Dragon, Mermaids, Witch, Crisis… derrière ces quatre morceaux aux noms tout droit sortis de l’imaginaire se cachent en réalité des peurs bien réelles. “Elles représentent les quatre peurs que j’ai, qui font le fondement de moi-même. J’ai décidé qu’elles resteraient secrètes parce que j’aime bien… parce que c’est un peu mon jardin secret et que je ne vais pas les expliquer ici.” À la question “First Quest serait-il donc un moyen d’exorciser ces peurs ?”, Ketut répond : Non, elles ne sont pas exorcisées grâce à ça : elles existent. Globalement, je pense que c’est comme ça que marche une peur : quand elle fait partie du fondement de toi-même, elle ne partira jamais comme ça. Mais elle est certainement plus facile à vaincre quand tu la connais, que quand tu ne sais pas trop ce que c’est. Le fait de mettre un nom dessus, c’est toujours très très intéressant et très formateur pour soi.” First Quest, c’est cerner les peurs et les familiariser pour mieux les apprivoiser, un peu comme “ce Bouh dans Mario qui attaque le héros seulement quand il est de dos, mais une fois face à lui, il se fige et disparaît”. “C’est se faire une image mentale de ce qu’est la peur” cite Ketut. “C’est plus facile pour moi de voir un Dragon que ma peur en elle-même. Ou de voir une sorcière (ndlr Witch) plutôt que ma peur en elle-même.” First Quest lance donc définitivement Ketut dans la voie de la professionnalisation… et ça va payer !

Une nouvelle signature pour bien démarrer l’année !

Ketut est un artiste, mais aussi un gars à l’affût, qui use de bien des stratagèmes pour promouvoir sa musique. Présence active sur les réseaux sociaux et la plateforme Groover, stickers avec QR code collés à la volée partout en France, merchandising aux couleurs du projet, inscription répétée à des concours-tremplins, bagout auprès des professionnels du milieu… ce sera notamment cet atout de “businessman” qui va jouer en sa faveur (quoique maladroitement parfois), notamment pour son premier concert à la Boule Noire. Belle anecdote que cet événement, au passage... 

“Je travaillais en tant que barman à La Cigale et à La Boule Noire” raconte Bastien. “Du coup c’était un peu le pont facile parce que je connaissais la programmatrice. Je lui servais des pintes tous les soirs, donc un moment, je lui fais : “Hey mais je fais de la musique, moi aussi !” (...) Pour le coup, c’était vraiment du mytho complet. Je disais : “Ouais, ouais, j’ai un projet, t’inquiètes, c’est rodé !” et tout… PAS DU TOUT ! PAS DU TOUT ! Il n'y avait rien !  À partir du moment où elle m’a dit : “Ok, c’est bon, je te mets en tête d’affiche ce soir-là !”, je n’avais pas de concert ! Je n’avais rien du tout !! (rires) Donc c’était vraiment… L'histoire de ma vie !” Le projet de Ketut n’a alors que trois mois. Après plusieurs mois sans sommeil et de travail acharné, Bastien se retrouve finalement à jouer un set d’une heure, devant une Boule Noire complète. “Quand je suis arrivé, j’ai pris une vague : déjà, il y avait tous mes potes qui étaient venus, mais vraiment ! Ça faisait une Boule Noire remplie, c’était archi-drôle !” Après cette première date de concert mémorable, d’autres opportunités vont se présenter au jeune artiste. En 2019, Ketut a l’occasion de fouler la petite scène du célèbre festival des Solidays, après avoir gagné un concours organisé par les Inrocks. La même année, Ketut embarque comme première partie de concert dans la tournée du groupe de synthwave Carbon Killer. Plusieurs salles de grandes villes françaises y passent : L’Usine à Musique de Toulouse, l’El Camino de Caen, l’IBOAT de Bordeaux… une tournée dont se rappelle bien Ketut, notamment pour la dernière date, à Caen : “ On était dans un tourbus à faire n’importe quoi. Chaque live, c’était de plus en plus n’importe quoi, parce qu’on était crevés. C’était vraiment la débandade, cette tournée ! (...) À Caen, je me rappelle que les gens étaient chauds. C’était une toute petite salle mais j’en garde un souvenir énorme parce que justement, il y avait cet esprit où il n’y avait plus le stress, il n’y avait plus l’angoisse de jouer. (...) C’était un vrai plaisir que j’aimerais toujours retrouver dans mes prochains live, ce côté “Ok, on fait de la musique, mais on s’amuse avant tout” !" Mais très vite, les concerts cessent avec la crise sanitaire. 

Pour cette année 2021, Ketut revient alors aux sources de l’industrie musicale : la sortie de titres. “J’ai pour projet de sortir un single qui va être beaucoup plus techno, beaucoup plus hard pour le coup, parce que j’ai envie d’exploiter une version de Ketut plus “techno”.” Ketut souhaite en effet s’attaquer aux clubs et DJ Sets… un titre qui sortira très prochainement, et qui annonce un bien autre projet : “Il y a un EP de remix qui va sortir de First Quest. (...) J’ai plein de copains et de copines qui sont motivés à faire ça.” Pour l’effet de surprise, Ketut ne dira pas mot sur les noms de ces futurs collaborateurs ! Néanmoins, quelques informations nous sont quand même données, concernant ces “DJs hyper cools” et cet EP à venir : “Ils ont tous leur interprétation de chaque morceau. Donc, t’as normalement trois-quatre titres qui seront posés sur cet EP de First Quest Remix, où on va aller de la techno au hardcore gabbers… il va y avoir plein d’univers différents, ça va être très sympa !” La sortie de cet EP prometteur est prévue pour début mars 

Un son, un EP, plusieurs petits boulots, des dates et un projet de remix plus tard, une très bonne nouvelle arrive pour Ketut. Après tant d’efforts fournis par le jeune artiste, le 5 février 2021, Ketut signe finalement un contrat d’édition avec le fameux label de musiques électroniques Alter K. Une belle année s’annonce pour ce jeune artiste ambitieux, qui rêve de conquérir la scène du Dour Festival, festival qu’il adore fréquenter, ou de collaborer avec ses contemporains Irène Drésel, Contrefaçon, Jacques… et qui sait Sebastian de Ed Banger ?

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